Accélérer le Développement Social - Une Déclaration pour décider et agir

Doha INSP!R
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Du 4 au 6 novembre, plus de 14.000 personnes se sont rassemblées à Doha au Qatar pour le Second Sommet Mondial sur le Développement Social, 30 ans après celui de Copenhague. En ces temps marqués par des replis nationalistes, de désinvestissement social et de coupes dans la coopération internationale, la Déclaration de Doha vient de remettre le développement humain et la justice sociale au cœur des agendas politiques mondiaux.

Les menaces au développement social ne sont pas une fatalité

En 2015, les Nations Unies ont décidé d’Objectifs de Développement Durable (ODD) pour transformer notre monde en profondeur, afin de le rendre résilient et durable. Force est de constater que 10 ans après, de nombreux indicateurs de progrès demeurent encore, ou ont basculé dans le rouge. Afin d’atteindre ces objectifs collectifs pour le développement humain, social et environnemental mais aussi pour assurer que les populations regagnent leur dignité, il est impératif d’accélérer les progrès.  
 

Des progrès limités au Développement Durable

Le rapport 2024 des Nations unies sur les ODD révèle qu'en moyenne, seuls 16 % des objectifs des ODD sont en voie d'être atteints à l'échelle mondiale d'ici 2030, les 84 % restants affichant des progrès limités ou un recul. En Amérique latine et dans les Caraïbes, si les tendances actuelles se poursuivent, plus de 110 millions de personnes vivront dans la pauvreté d'ici 2030, et l'ODD 8, relatif au travail décent, est l'un des plus éloignés de son objectif. À l'échelle mondiale, l'OIT estime que plus de 3,8 milliards de personnes (47,6 % de la population mondiale) ne bénéficient d'aucune forme de protection sociale. Cet écart touche de manière disproportionnée les femmes, les jeunes, les travailleurs migrants, les personnes handicapées et celles qui travaillent dans l'économie informelle. De plus, les disparités régionales sont profondes : en Afrique, seulement 19,1 % de la population bénéficie d'au moins une prestation de protection sociale, alors qu'en Asie et dans le Pacifique, ce chiffre atteint 53,6 %.

Les dernières estimations proviennent du Rapport mondial sur la protection sociale 2024 - 2026 de l'OIT: www.ilo.org/fr/node/664696

 

Une Déclaration qui ravive le multilatéralisme 

La Déclaration de Doha s’inscrit donc dans un élan collectif de redéfinir nos approches pour l’atteinte des objectifs sociaux des Nations Unies, faisant face à un monde qui a radicalement changé. Sophie De Smedt, représentante permanente pour la Belgique aux Nations Unies et co-facilitatrice de la Déclaration de Doha, a félicité lors de ce Sommet les parties prenantes pour cet engagement. Bien que ceci soit le fruit de compromis, et que certains aspects peuvent être encore approfondis, il en ressort un engagement fort pour le développement social. La Belgique a joué un rôle clé, ensemble avec le Maroc, en co-facilitant les négociations ayant abouties à cette Déclaration. Le multilatéralisme montre ici à nouveau sa force mobilisatrice.  

 

L'opportunité a bien été saisie par WSM, ACV-CSC, les Mutualités Chrétiennes (MC) ainsi que le réseau INSP!R, qui représente des organisations syndicales, mutualistes et sociales à travers le monde et promeut les droits à la protection sociale. La délégation du réseau INSP!R présente à Doha a pu y défendre les priorités axées autour des investissements nécessaires et urgents dans plus de justice sociale, de la réalisation de l’Agenda du Travail Décent, particulièrement via une protection sociale universelle inclusive et adaptative, répondant aux effets du changements climatiques et permettant de réduire les inégalités structurelles de genre afin de contrecarrer les reculs de développement humain que nous connaissons dans notre monde en crises.

 

INSP!R était représenté à ce 2ème Sommet mondial pour le Développement Social, par six délégué.es du réseau :  Zuliana Lainez, de l'ANP (Association nationale des journalistes du Pérou), pour INSP!R Amérique latine et Caraïbes, Elly Rosita Silaban, présidente de la KSBSI (KONFEDERASI SERIKAT BURUH SELURUH INDONESIA), pour INSP!R Asie, Dr Ingrid Mulamba, de la CDS (Chaire des dynamiques sociales) – République démocratique du Congo, pour INSP !R Afrique centrale, Aisha Aissata Belem, du RAMS (Réseau d'Appui aux mutuelles de santé), Burkina Faso, pour INSP!R Afrique de l'Ouest, Santiago Fischer, responsable du département plaidoyer pour WSM Belgique, Aurélie Vanossel, chargée de plaidoyer chez WSM – Belgique. Ann Vermorgen, Présidente de l’ACV-CSC Belgique, a également accompagnée cette délégation. 

Victoires pour la Protection sociale

 

Le réseau INSP!R peut être fier de certains points positifs inclus dans la Déclaration, notamment de mentions solides à la protection sociale comme levier de développement social, le rappel de la nécessité de la formalisation du travail pour structurer et donner des droits aux personnes afin de les sortir de la pauvreté au moyen de travail décent, ainsi que le rôle que joue l’économie sociale et solidaire pour le développement social. 

 

Lors des différents événements menés en parallèle, l’OIT a largement rappelé qu’il n’y a pas de développement social sans travail décent et sans revenus minimaux vitaux. Différents ministres des états présents, particulièrement impactés par des situations humanitaires graves dû à des catastrophes naturelles ou à l’insécurité émanant de conflits, ont rappelé qu’en sus de l’appui humanitaire, et malgré les situations de fragilité, la course de fond pour des politiques sociales adaptatives et universelles doit continuer à être menée.

 

Finalement, dans un contexte où de nombreux discours sur l’équité de genre sont largement remis en question dans les instances internationales, une autre victoire clé de notre plaidoyer repose sur l’intégration du genre dans la Déclaration et dans de nombreuses prises de parole. 

 

Nos voix qui portent 

 

Nous pouvons, en tant que réseau, nous féliciter d’avoir porté haut et fort nos différentes revendications lors de discussions et panels : 

 

  • Ann Vermorgen, Présidente de l’ACV-CSC - Belgique a réaffirmé que la réduction des inégalités passe par le dialogue social, qui est un élément clé pour toutes réformes sociales et réduit les inégalités.

 « Le dialogue social est indispensable à l'égalité entre les sexes. Les conventions collectives peuvent permettre de réduire les écarts salariaux, promouvoir des politiques favorables à la famille et lutter contre la discrimination sur le lieu de travail. »   

 

  • Elly Rosita Silaban, Présidente du syndicat KSBSI (Indonésie), dans son intervention lors d’un panel organisé par l’OIT, l’OMS, la Commission européenne et le Qatar, a rappelé l’urgence d’étendre la protection sociale, mettant en avant que les inégalités mondiales ainsi que les effets du changements climatiques sont des vecteurs graves d’appauvrissement des populations, et que ce sont souvent celles et ceux qui sont touché.es le plus gravement par ces crises qui sont le moins protégé.es.  

 

  • Le réseau INSP!R a pu largement distribuer sa brochure sur la transition vers la formalisation du travail rappelant que l’informalité, au niveau mondial, reste la norme et que ces acteurs et actrices économiques portent la responsabilité première de leur protection sociale, hors du système du contrat social. Par la voix d’Ann Vermorgen, lors d’un panel organisé par la France, un engagement fort et des actions urgentes ont été réclamés, sans quoi les crises qui se présentent à nous risquent de plonger encore plus de travailleurs.euses dans l’informalité et la précarité. 

 

  • Enfin, avec nos alliés du réseau RIPESS[1] , nous avons pu aussi faire la part belle à la force transformatrice de l’économie sociale et solidaire (ESS) qui est aussi reconnue dans la Déclaration de Doha comme un levier clé pour le développement social. Quelques jours après le Forum Mondial de l’économie sociale et solidaire (GSEF) qui s’est tenu à Bordeaux (France)[2], l’ESS a été reconnu non seulement comme une alternative mais un vrai système social robuste et résilient pour le développement inclusif et vecteur de paix. 

 

[1] Réseau International de l’Economie Sociale et Solidaire

[2] Retrouvez notre article complet sur le GSEF : https://www.wsm.be/actu/gsef2025-economie-sociale-solidaire-wsm-mc-inspir-manifestecommun.html 

Un monde en multi-crises réclame des réseaux multi-acteurs

 

Il est évident que pour le réseau INSP!R, c’est bien par la solidarité, la coopération et les engagements forts que nous pourrons faire avancer l’Agenda du Travail Décent et la protection sociale. Comme mentionné plusieurs fois lors du Sommet, notre outil pour l’implémentation de la Déclaration de Doha consiste à impliquer les partenaires sociaux et la société civile.

 

Agir en réseau intercontinental dans un tel espace du multilatéralisme s’avère essentiel car nous faisons face, à différents niveaux, aux mêmes préoccupations et attaques contre nos organisations. Le réseau multi-acteurs INSP!R permet sur les différents continents de se renforcer et agir ensemble. 

 

 « La participation au 2ème Sommet Mondial sur le Développement Social a été une occasion d’apprentissage, de connexion pour rendre visible l’action du réseau et porter sa vision réseau en matière de protection sociale. Plus que jamais l’action multi-acteurs (gouvernements, syndicats et organisations de la société civile) et l’articulation entre les différents mécanismes (mutualité, accès au revenu, formation professionnelle, organisation des populations) de protection sociale se sont réaffirmés lors de ce Sommet. » Aisha Aissata Belem, du RAMS, Burkina-Faso- INSP!R

 

Des paroles aux actes

 

Elly Rosita Saliban, syndicaliste d’Indonésie, reprend à son compte ce que de nombreux chef.fes d’état ont réclamé : « Nous voulons voir l’application des engagements pris à Doha dans nos pays. On ne peut plus laisser des personnes vulnérables de côté. » Zuliana Lainez du syndicat des journalistes péruviens fait écho à cette demande : « Dans ce monde en crises, il faut que les Etats joignent les actes aux paroles. »

 

L’austérité et le désinvestissement social ne peuvent être la voie à suivre. Les solutions de financements et les alternatives pour réaliser ces engagements sont connues, mais la volonté politique doit devenir réalité. 

 

Malgré le fait que seulement 40 chef.fes d’États se soient rendu.es au Sommet (lors du premier sommet mondial il.elle.s étaient 110, ce qui diminue la portée des message tenus), il est essentiel de rappeler que cette Déclaration touche tous les peuples du monde, et que c’est bien à travers l’action collective et mondiale que nous ferons preuve de résilience face aux crises globales présentes et à venir.

 

Nous, société civile, devons également tenir nos états redevables dans l’implémentation des recommandations formulées, notamment grâce aux mécanismes de suivi pour assurer que cette Déclaration devienne réellement un accélérateur du progrès social.  

 

Ensemble, changeons la donne ! 

 

Vous pouvez retrouver l’ensemble de nos demandes dans le lien suivant : https://www.wsm.be/files/files/publicaties/fr/WSM-de-pliant-Insp-r-10-2025-FR-WEB.pdf